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Syndrome de l'imposteur : trouver sa place

Sophie Gomez | 09/06/2026

Syndrome de l'imposteur : et si la question n'était pas celle de la légitimité ?


Selon plusieurs études, près de 7 personnes sur 10 auraient déjà ressenti le syndrome de l'imposteur au cours de leur vie professionnelle.

Chez les entrepreneurs, et plus encore chez les femmes entrepreneures, ce sentiment semble presque être devenu un passage obligé.

À en croire les statistiques, j'aurais probablement dû en faire partie.

Je suis entrepreneure depuis bientôt dix ans.

Je n'avais aucune formation en création d'entreprise lorsque je me suis lancée.

Et depuis quelques années, j'accompagne des hôtels et des entreprises sur des sujets aussi ambitieux que la transition écologique ou le tourisme régénératif.

Pourtant, lorsque je regarde mon parcours, je ne me reconnais pas vraiment dans ce récit.

Attention, je connais les doutes. Je connais les remises en question. Je connais les moments où l'on se demande si l'on prend la bonne direction. Mais lorsque je regarde honnêtement ce qui m'habite depuis toutes ces années, je trouve autre chose.

Une forme de confiance. Pas une confiance en moi. Une confiance dans le sens de ce que je fais.


Le jour où la question s'est tout de même posée

S'il y a bien un moment où la question de la légitimité est venue frapper à ma porte, c'est lorsque j'ai commencé à m'intéresser au tourisme régénératif.

Après tout, qui étais-je pour parler de régénération ? Qui étais-je pour accompagner des hôtels lifestyle ou luxe sur ces sujets ? Qui étais-je pour porter cette vision d'un tourisme capable non seulement de réduire ses impacts négatifs, mais aussi de générer des impacts positifs pour les territoires, les habitants et le vivant ?

La question était légitime. Et pourtant, la réponse est apparue progressivement. Non pas à travers une nouvelle certification. Non pas à travers un titre supplémentaire. Non pas parce qu'un jour je me serais enfin sentie "assez experte".

La réponse est apparue sur le terrain.


Ce que je vois changer

Aujourd'hui encore, je sors d'un audit dans un hôtel parisien.

Lorsque j'arrive, les équipes imaginent souvent un exercice de contrôle.

Trois heures de questions. Des critères à vérifier. Une contrainte supplémentaire dans un quotidien déjà chargé.

Puis la conversation s'ouvre. Nous parlons du territoire. Des collaborateurs. Des fournisseurs. Du lien avec le quartier. De biodiversité. D'alimentation. D'engagement. De sens.

Et progressivement, quelque chose se passe. Des idées émergent. Des perspectives s'ouvrent. Des personnes réalisent que leur métier peut contribuer à quelque chose de plus grand que l'exploitation quotidienne de leur établissement.

Je vois des directeurs retrouver de l'enthousiasme.

Je vois des équipes découvrir qu'elles ont un véritable pouvoir d'action.

Je vois des projets naître.

Je vois de l'envie là où il n'y avait parfois qu'une obligation. Et à chaque fois, je ressens exactement la même chose.

Je suis à ma place.


La légitimité ne vient peut-être pas d'où l'on croit

Avec le temps, j'ai compris que ce sentiment n'était pas lié à l'idée d'être la meilleure. Je continue à apprendre. Je continue à me former. Je continue à rencontrer des personnes qui en savent bien davantage que moi sur certains sujets.

Et c'est très bien ainsi. Car le sentiment d'être à sa place ne naît pas nécessairement de ce que l'on sait. Il naît parfois de ce que l'on rend possible. De ce que l'on aide à faire émerger. De ce que l'on met en mouvement autour de soi. Je ne me sens pas légitime parce que je détiens toutes les réponses.

Je me sens légitime parce que j'observe les transformations que ma présence contribue à rendre possibles.


Une leçon venue du tourisme régénératif

Au fond, le tourisme régénératif porte exactement cette idée.

Pendant longtemps, le tourisme durable s'est principalement demandé : Comment réduire ses impacts négatifs ?

Le tourisme régénératif pose une autre question : Quelle contribution positive pouvons-nous avoir sur les territoires, les habitants et le vivant ?

Autrement dit, il déplace le regard.

Et je crois que c'est précisément ce déplacement qui m'a aidée à comprendre ma propre relation à la légitimité.

Lorsque toute notre attention est tournée vers nous-mêmes, nous finissons par nous demander : Suis-je assez compétente ? Suis-je assez expérimentée ? Suis-je légitime ?

Mais lorsque l'attention se tourne vers ce que nous cherchons à rendre possible, une autre question apparaît : Quelle contribution ai-je envie d'apporter ?

Et soudain, quelque chose s'apaise.


Et si la véritable légitimité venait de notre contribution ?

Plus les années passent, plus je me demande quelle est la véritable réponse au syndrome de l'imposteur : certainement pas la certitude d'être le meilleur. Je crois qu'il ressemble davantage à un sentiment profond d'être à sa place.

Cette sensation que nos talents, nos valeurs et notre énergie avancent dans la même direction. Cette conviction que nous participons, à notre échelle, à la construction du monde dans lequel nous souhaitons vivre. Le doute continue d'exister.

Heureusement.

Mais il cesse de définir notre place. Parce que celle-ci ne dépend plus uniquement de ce que nous savons faire. Elle dépend de ce que nous choisissons de nourrir, de faire grandir, de transmettre. De cette contribution singulière qui naît lorsque nos convictions rencontrent nos actions, et qui nous relie à quelque chose de plus vaste que nous-mêmes.

Comme une pierre déposée dans l’eau dont les cercles continuent de s’étendre bien au-delà de notre regard.